LES DEUX MULETS

LES DEUX MULETS
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonette :
Quand, l'ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l'argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l'arrête.
L
e mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups ; il gémit, il soupire.
" Est-ce donc , dit-il, ce qu'on m'avait promis ?
Ce mulet qui me suit du danger se retire ;
E
t moi j'y tombe, et je péris !
Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi :
Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade."

# Posté le mercredi 31 octobre 2007 19:04

Modifié le mercredi 31 octobre 2007 19:40

LE LÖUP ET LE CHIEN

LE LÖUP ET LE CHIEN
Un lÖup n'avait que les Ös sur la peau,
Tant les ¢hiens ƒaisaient ßÖnne garde.
Ce lÖup ren¢Öntre un dÖgue aussi puissant que ßeau,
Gras, pÖli, qui s'était ƒÖurvÖyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire lÖup l'eût ƒait vÖlÖntiers;
Mais il ƒallait livrer ßataille,
Et le mâtin était de taille
A se déƒendre hardiment.
Le lÖup dÖn¢ l'aßÖrde humßlement,
Entre en prÖpÖs, et lui ƒait ¢Ömpliment
Sur sÖn emßÖnpÖint, qu'i admire.
"il ne tiendra qu'à vOus, ßeau sire,
D'être aussi gras que mOi, lui répartit le ¢hien.
Quittez les ßOis, vOus ƒerez ßien :
VOs pareils y sOnt miséraßles,
Can¢res, hères, et pauvres diaßles,
DOnt la ¢OnditiOn est de mOurir de ƒaim.
Car quOi? rien d'assuré; pOint de ƒran¢he lippée;
TOut à la pOinte de l'épée.
Suivez-mOi, vOus aurez un ßien meilleur destin."
Le lOup reprit : "Que me ƒaudra-t-il ƒaire?
Presque rien, dit le ¢hien : dOnner la ¢hasse au× gens
POrtants ßâtOns, et mendiants;
Flatter ¢eu× du lÖgis, à sÖn maître ¢Ömplaire :
MÖyennant quÖi vÖtre salaire
Sera ƒÖr¢e relieƒs de tÖutes les ƒaçÖns,
Ös de pÖulets, Ös de pigeÖns,
Sans parler de mainte ¢aresse."
Le lÖup déjà se ƒÖrge une ƒéli¢ité
Qui le ƒait pleurer de tendresse.Chemin ƒemin, il vit le ¢Öu du ¢hien pelé.
"Qu'est ¢e là? lui dit-il. Rien. QuÖi? rien? Peu de ¢hÖse.
Mais en¢Or? Le ¢Ollier dOnt je suis atta¢hé
De ¢e que vOus vOyez est peut-être la ¢ause.
Atta¢hé? dit le lOup : vOus ne ¢Ourez dOn¢ pas
Où vOus vOulez? Pas tOujOurs; mais qu'impOrte?
Il impOrte si ßien, que de tOus vOs repas
Je ne veu× en au¢une sOrte,
Et ne vOudrais pas même à ¢e pri× un trésOr."
Cela dit, maître lOup s'enƒuit, et ¢Ourt en¢Or.

MÖRALITE

TÖus les trésÖrs du mÖnde, ne valent nÖtre LIBERTE

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 11:32

LA GENISSE, LA CHEVRE ET LA BREBIS, EN SÖCIETE AVEC LE LIÖN

LA GENISSE, LA CHEVRE ET LA BREBIS, EN SÖCIETE AVEC LE LIÖN
La génisse, la ¢hèvre, et leur sOeur la ßreßis,
Ave¢ un ƒier liOn, seigneur du vOisinage,
Firent sO¢iété, dit-On, au temps jadis,
Et mirent en ¢Ommun le gain et le dOmmage.
Dans les la¢s de la ¢hèvre un ¢erƒ se trOuva pris.
Vers ses assO¢iés aussitôt elle envOie.
Eu× venus, le liOn par ses Ongles ¢Ompta,
Et dit : " NOus sOmmes quatre à partager la prOie."
Puis en autant de parts le ¢erƒ il dépeça;
Prit pOur lui la première en qualité de sire :
"Elle dOit être à mOi, dit-il; et la raisOn,
C'est que je m'appelle liOn :
A ¢ela l'Ön n'a rien à dire.
La se¢Önde, par drÖit, me dÖit é¢hÖir en¢Ör :
Ce drÖit, vÖus le savez, ¢'est le drÖit du plus ƒÖrt.
CÖmme le plus vaillant, je prétends la trÖisième.
Si quelqu'une de vÖus tÖu¢he à la quatrième,
Je l'étrangle tÖut d'aßÖrd."

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 11:46

Modifié le jeudi 01 novembre 2007 17:13

LA BESACE

LA BESACE
Jupiter dit un jÖur : " Que tÖut ¢e qui respire
S'en vienne ¢Ömparaître au× pieds de ma grandeur
Si dans sÖn ¢ÖmpÖsé quelqu'un trÖuve à redire,
Il peut le dé¢larer sans peur;
Je mettrai remède à la ¢hÖse.
Venez, singe ; parlez le premier, et pÖur ¢ause.
VÖyez ¢es animau×, ƒaites ¢ÖmparaisÖn
De leurs ßeautés ave¢ les vôtres.
Etes-vÖus satisƒait? MÖi? dit-il; pÖurquÖi nÖn?
N'ai-je pas quatre pieds aussi ßien que les autres?
MÖn pÖrtrait jusqu'i¢i ne m'a rien reprÖ¢hé;
Mais pÖur mÖn ƒrère l'Öurs, Ön ne l'a qu'éßau¢hé:
Jamais, s'il me veut ¢rÖire, il ne se ƒera peindre."
L'Öurs venant là-dessus, Ön ¢rut qu'il s'allait plaindre.
Tant s'en ƒaut : de sa ƒÖrme il se lÖua très ƒÖrt;
GlÖsa sur l'éléphant, dit qu'Ön pÖurrait en¢Ör
AjÖuter à sa queue, ôter à ses Öreilles;
Que ¢'était une masse inƒÖrme et sans ßeauté.
L'éléphant étant é¢Öuté,
TÖut sage qu'il était, dit des ¢hÖses pareilles :
Il jugea qu'à sÖn appétit
Dame ßaleine était trÖp grÖsse.
Dame ƒOurmi trOuva le ¢irOn trOp petit,
Se ¢rOyant, pOur elle, un ¢OlOsse.
Jupin les renvOya s'étant ¢ensurés tOus,
Du reste ¢Ontents d'eu×. Mais parmi les plus ƒOus
NOtre espè¢e e×¢ella; ¢ar tOut ¢e que nOus sOmmes,
Lyn× envers nOs pareils, et taupes envers nOus,
NOus nOus pardOnnOns tOut, et rien au× autres hOmmes:
On se vOit d'un autre Oeil qu'On ne vOit sOn prO¢hain.
Le ƒaßri¢ateur sOuverain
NÖus ¢réa ßesa¢iers tÖus de même manière,
Tant ¢eu× du temps passé que du temps d'aujÖurd'hui:
Il ƒit pÖur nÖs déƒauts la pÖ¢he de derrière,
Et ¢elle de devant pÖur les déƒauts d'autrui.

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 17:41

Modifié le vendredi 02 novembre 2007 11:49

L'HIRÖNDELLE ET LES PETITS ÖISEAUX

L'HIRÖNDELLE ET LES PETITS ÖISEAUX
Une hirOndelle en ses vOyages
Avait ßeau¢Oup appris. Qui¢Onque a ßeau¢Oup vu
Peut avOir ßeau¢Oup retenu.
Celle-¢i prévOyait jusqu'au× mOindres Orages,
Et devant qu'ils ƒussent é¢lOs,
Les annOnçait au× matelOts.
Il arriva qu'au temps que la ¢hanvre se sème,
Elle vit un manant en ¢Ouvrir maints sillOns.
"Ce¢i ne me plaît pas, dit-elle au× OisillOns :
Je vOus plains ; ¢ar pOur mOi, dans ¢e péril e×trême,
Je saurai m'élOigner, Ou vivre en quelques ¢Oin.
VÖyez-vÖus ¢ette main qui par les airs ¢hemine ?
Un jÖur viendra, qui n'est pas lÖin,
Que ¢e qu'elle répand sera vÖtre ruine;
De là naîtrÖnt engins à vÖus envelÖpper,
Et la¢ets pÖur vÖus attraper,
Enƒin mainte et mainte ma¢hine
Qui ¢ausera dans la saisÖn
VÖtre mÖrt Öu vÖtre prisÖn :
Gare la ¢age Öu le ¢haudrÖn !
C'est pÖurquÖi, leur dit l'hirÖndelle,
Mangez ¢e grain ; et ¢rÖyez-mÖi."
Les Öiseau× se mÖquèrent d'elle :
Ils trÖuvaient au× ¢hamps trÖp de quÖi.
Quand la ¢hènevière ƒut verte,
L'hirÖndelle leur dit :" Arra¢hez ßrin à ßrin
Ce qu'a prÖduit ¢e maudit grain,
Öu sÖyez sûrs de vÖtre perte.
PrÖphète de malheur, ßaßillarde, dit-Ön,
Le ßel emplÖi que tu nÖus dÖnnes !
Il nÖus ƒaudrait mille persÖnnes*PÖur éplu¢her tÖut ¢e ¢antÖn."
La ¢hanvre étant tOut à ƒait ¢rue,
L'hirOndelle ajOuta : " Ce¢i ne va pas ßien;
Mauvaise graine est tôt venue.
Mais, puisque jusqu'i¢i l'On ne m'a ¢rue en rien,
Dès que vOus verrez que la terre
Sera ¢Ouverte, et qu'à leurs ßlés
Les gens n'étant plus O¢¢upés
ƒerOnt au× OisillOns la guerre;
Quand reginglettes et réseau×
AttraperOnt petits Oiseau×,
Ne vOlez plus de pla¢e en pla¢e,
Demeurez au lOgis, Ou ¢hangez de ¢limat :
Imitez le ¢anard, la grue, et la ßé¢asse.
Mais vOus n'êtes pas en état
De passer, ¢Ome nOus, les déserts et les Ondes,
Ni d'aller ¢her¢her d'autres mOndes;
C'est pOurquOi vOus n'avez qu'un parti qui sOit sûr,
C'est de vOus renƒermer au× trOus de quelque mur."
Les OisillOns, las de l'entendre,
Se mirent à jaser aussi ¢Ousément
Que ƒaisaient les TrOyens quand la pauvre Caddandre
Ouvrait le ßOu¢he seulement.
Il en prit au× uns ¢Omme au× autres :
Maint OisillOn se vit es¢lave retenu.
NOus n'é¢OutOns d'instin¢ts que ¢eu× qui sOnt les nôtres,
Et ne ¢rOyOns le mal que quand il est venu.

MORALITE

Mépriser un ¢Onseil salutaire, ¢'est en suivre un perni¢ieu×; qui¢Onque néglige sa sûreté tOe au piège ave¢ juste raisOn.

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 18:21

Modifié le vendredi 02 novembre 2007 18:03