L'ENFANT ET LE MAÎTRE D'ECOLE

L'ENFANT ET LE MAÎTRE D'ECOLE
Dans ce récit je ptends faire voir
D'un certainsot la remontrance vaine.

U
n jeune enfant dans l'eau se laissa choir
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu'un saule se trouva,
D
ont le branchage, aps Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un mtre d'école ;
L'enfant lui crie : "Au secours! je ris."
Le magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contretemps s'avise
D
e le tancer : " Ah! le petit babouin!
V
oyez, dit-il, où l'a mis sa sottise!
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Qu
e les parents sont malheureux qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu
'ils ont de maux ! et que je plains leur sort!"
A
yant tout dit, il mit l'enfant à bord.

Je
blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
T
out babillard, tout censeur, tout pédant
Se p
eut connaître au discours que j'avance.
Chacu
n des trois fait un peuple fort grand :
Le Cr
éateur en a béni l'engeance.
En to
ute affaire ils ne font que songer
Aux
moyens d'exercer leur langue.
Eh !
mon ami, tire-moi de danger,
Tu f
eras après ta harangue.

# Posté le mercredi 14 novembre 2007 12:21

Modifié le vendredi 23 novembre 2007 11:16

LE COQ ET LA PERLE

LE COQ ET LA PERLE
Un jour un coq détourna
Une perle, qu'il donna
Au beau premier lapidaire.
"Je la crois fine, dit-il ;
Mais le moindre grain de mil
Serait bien mieux mon affaire."

Un ignorant hérita
D'un manuscrit, qu'il porta
Chez son voisin le libraire.
"Je crois, dit-il, qu'il est bon ;
Mais le moindre ducaton
Serait bien mieux mon affaire."

# Posté le mercredi 14 novembre 2007 12:29

Modifié le vendredi 23 novembre 2007 11:17

LES FRELONS ET LES MOUCHES A MIEL

LES FRELONS ET LES MOUCHES A MIEL
A l'oeuvre on connaît l'artisan.

Quelques rayons de mie
l sans maître se trouvèrent :
Des frelons les réclamèren
t ;
Des abeilles s'opposant,

Devant certaine guêpe on tr
aduisit la cause.
Il était m
alaisé de décider la chose :
Les témoins déposaient qu'a
utour de ces rayons
Des anim
aux ailés, bourdonnants, un peu longs,
De couleur fort t
année, et tels que les abeilles,
Avaient longtemps paru.
Mais quoi? dans les frelons
Ces enseignes étaient parei
lles.
La guêpe, ne sachant q
ue dire à ces raisons,
Fit e
nquête nouvelle, et, pour plus de lumière,
Entendit
une fourmilière.
Le point
n'en put être éclairci.
"De grâce, à quoi bon tout ceci?
Dit une abeille f
ort prudente.
Depuis tantô
t six mois que la cause est pendante,
Nous voici c
omme aux premiers jours.
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désorma
is que le juge se hâte :
N'a-t-il point assez léché l'ours ?
Sans tant de co
ntredits, et d'interlocutoires,
Et de fatras, et d
e grimoires,
travaillons,
les frelons et nous :
On
verra qui sait faire, avec un suc si doux,
Des cellules si bien bâties."
Le ref
us des frelons fit voir
Que cet art
passait leur savoir ;
Et la guêpe ad
jugea le miel à leurs parties.

Plût
à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès :
Que des T
urcs en cela l'on suivit la méthode !
Le simple sens c
ommun nous tiendrait lieu de code :
Il ne faudrait point tant de frais ;
Au lieu qu'on nou
s mange, on nous gruge,
On nous mine
par des longueurs ;
On fait tant, à
la fin, que l'huître est pour le juge,
Les écailles p
our les plaideurs.
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# Posté le mercredi 14 novembre 2007 12:53

Modifié le vendredi 23 novembre 2007 11:19

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

LE CHÊNE ET LE ROSEAU
Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous
avez bien sujet d'accuser la Nature ;
U
n Roitelet* pour vous est un pesant fardeau.
L
e moindre vent, qui d'aventure
F
ait rider la face de l'eau,
Vous
oblige à baisser la tête :
Cepend
ant que mon front, au Caucase pareil,
N
on content d'arrêter les rayons du soleil,
Br
ave l'effort de la tempête.
Tout
vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor
si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
M
ais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent*.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
sisté sans courber le dos ;
Ma
is attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
D
u bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Q
ue le Nordt portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Ce
lui de qui late au Ciel était voisine
E
t dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

# Posté le mercredi 14 novembre 2007 12:57

Modifié le jeudi 03 janvier 2008 12:00

JEAN DE LA FONTAINE

JEAN DE LA FONTAINE

# Posté le mardi 11 décembre 2007 17:44

Modifié le mardi 11 décembre 2007 18:07