LE LION ET LE RAT

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 17:53

Modifié le lundi 28 janvier 2008 08:56

LA COLOMBE ET LA FOURMI

LA COLOMBE ET LA FOURMI
L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits.
L
e long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,
Q
uand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.
E
t dans cet océan l'on eût vu la Fourmi
S'
efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La
Colombe aussitôt usa de charité :
Un
brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
Ce fu
t un promontoire où la Fourmi arrive.
Elle
se sauve ; et là-dessus
P
asse un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
Ce
Croquant, par hasard, avait une arbalète.
s qu'il voit l'Oiseau de Vénus
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.
Tan
dis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête,
La
Fourmi le pique au talon.
L
e Vilain retourne la tête :
La
Colombe l'entend, part, et tire de long.
L
e soupé du Croquant avec elle s'envole :
Po
int de Pigeon pour une obole.

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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 17:56

Modifié le samedi 26 janvier 2008 18:33

L'ASTROLOGUE QUI SE LAISSE TOMBER DANS UN PUITS

L'ASTROLOGUE QUI SE LAISSE TOMBER DANS UN PUITS
Un Astrologue un jour se laissa choir
Au fond
d'un puits. On lui dit : "Pauvre bête,
Tandis
qu'à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-t
u lire au-dessus de ta tête ? "
Ce
tte aventure en soi, sans aller plus avant,
Pe
ut servir de leçon à la plupart des hommes.
P
armi ce que de gens sur la terre nous sommes,
Il
en est peu qui fort souvent
Ne
se plaisent d'entendre dire
Qu'au
livre du Destin les mortels peuvent lire.
Mai
s ce livre, qu'Homère et les siens ont chanté,
Qu'est-c
e, que le Hasard parmi l'Antiquité,
Et parmi nous la Providence ?
Or du Has
ard il n'est point de science :
S'il en
était, on aurait tort
De
l'appeler hasard, ni fortune, ni sort,
Toutes choses très incertaines.
Quant a
ux volontés souveraines
De
Celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein,
Qui le
s sait, que lui seul ? Comment lire en son sein ?
Au
rait-il imprimé sur le front des étoiles
Ce que la nu
it des temps enferme dans ses voiles ?
A quelle utilité ? Pour exercer l'esprit
De ceux qui
de la Sphère et du Globe ont écrit ?
P
our nous faire éviter des maux inévitables ?
Nous rendre, dans les
biens, de plaisir incapables ?
Et causant du dégoût
pour ces biens prévenus,
L
es convertir en maux devant qu'ils soient venus ?
C'
est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire.
Le F
irmament se meut ; les Astres font leur cours,
Le Sol
eil nous luit tous les jours,
Tous les jours sa clar
té succède à l'ombre noire,
Sans que nous en puissio
ns autre chose inférer
Que
la nécessité de luire et d'éclairer,
D'amener les s
aisons, de mûrir les semences,
De verser sur les cor
ps certaines influences.
Du
reste, en quoi répond au sort toujours divers
Ce train toujo
urs égal dont marche l'Univers ?
Charlat
ans, faiseurs d'horoscope,
Quittez les c
ours des Princes de l'Europe ;
Emmenez a
vec vous les souffleurs tout d'un temps :
Vous ne méritez pa
s plus de foi que ces gens.
Je m'emporte
un peu trop : revenons à l'histoire
De c
e Spéculateur qui fut contraint de boire.
Outre la vanité de
son art mensonger,
C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères,
Cependant q
u'ils sont en danger,
Soit pour eux, soi
t pour leurs affaires
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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 17:59

Modifié le samedi 26 janvier 2008 18:34

LE LIEVRE ET LES GRENOUILLES

LE LIEVRE ET LES GRENOUILLES
Un Lièvre en son gîte songeait
(Car
que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?) ;
Dans un
profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet a
nimal est triste, et la crainte le ronge.
"L
es gens de naturel peureux
Sont, di
sait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
J
amais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà co
mme je vis : cette crainte maudite
M'em
pêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez
-vous, dira quelque sage cervelle.
Et l
a peur se corrige-t-elle ?
Je
crois même qu'en bonne foi
Le
s hommes ont peur comme moi. "
Ainsi ra
isonnait notre Lièvre,
Et cepe
ndant faisait le guet.
Il éta
it douteux, inquiet :
Un souf
fle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique anim
al,
En rêvant à cette ma
tière,
Entend un léger
bruit : ce lui fut un signal
Pour s'enfuir dever
s sa tanière.
Il s'en al
la passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles a
ussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles d
e rentrer en leurs grottes profondes.
"Oh! dit-il
, j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait
faire ! Ma présence
E
ffraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !
Et d'où me
vient cette vaillance ?
Comment ? Des anim
aux qui tremblent devant moi !
Je suis don
c un foudre de guerre !
Il n'est, je le v
ois bien, si poltron sur la terre
Qui ne p
uisse trouver un plus poltron que soi. "

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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 18:01

Modifié le samedi 26 janvier 2008 18:35

LE COQ ET LE RENARD

LE COQ ET LE RENARD
Sur la branche d'un arbre était en sentinelle
U
n vieux Coq adroit et matois.
"Frère
, dit un Renard, adoucissant sa voix,
Nous ne
sommes plus en querelle :
Pa
ix générale cette fois.
Je v
iens te l'annoncer ; descends, que je t'embrasse.
Ne me
retarde point, de grâce ;
J
e dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.
Les
tiens et toi pouvez vaquer
Sans nulle crainte à vos affaires ;
Nous vous y servirons en frères.
Faite
s-en les feux dès ce soir.
Et
cependant viens recevoir
L
e baiser d'amour fraternelle.
-
Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Ap
prendre une plus douce et meilleur nouvelle
Que celle
De ce
tte paix ;
Et
ce m'est une double joie
De la
tenir de toi. Je vois deux Lévriers,
Q
ui, je m'assure, sont courriers
Qu
e pour ce sujet on envoie.
I
ls vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends ; nous pourrons nous entre-baiser tous.
-Adie
u, dit le Renard, ma traite est longue à faire :
N
ous nous réjouirons du succès de l'affaire
Une a
utre fois. Le galand aussitôt
T
ire ses grègues, gagne au haut,
m
al content de son stratagème ;
Et notr
e vieux Coq en soi-même
S
e mit à rire de sa peur ;
Ca
r c'est double plaisir de tromper le trompeur.
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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 18:03

Modifié le samedi 26 janvier 2008 18:36